Phèdre/Salope

« Cette décoction à l’essentiel nous permet d’entendre, dans un rouge clair obscur, la poésie racinienne dans toute son intensité, transpercée par d’incroyables effets de présent. Dans chaque scène, une réplique de la langue de notre temps vient s’immiscer dans l’alexandrin. On croit tout d’abord à un mirage auditif. La première occurrence est subtile, passe presque inaperçue. Mais quand un « putain » surgit dans la bouche d’Oenone, plus aucun doute n’est possible : dans la fulgurance de ce rappel au présent, c’est comme si nous entendions le monologue intérieur de l’interprète, l’endroit où nous nous emparons, avec nos propres mots, de la puissance de l’enjeu. Ces éclairs finement dosés ne prennent jamais la tragédie par en-dessous, bien au contraire, ils nous convoquent à l’endroit de l’écoute juste. Pour que la préciosité de l’alexandrin ne nous fasse jamais oublier la fatale violence de ce qui est conté. (…)

Salope est composé de diverses scènes traitant du sexisme ordinaire, de la violence physique et normative. Un montage au cordeau, tant dans ses coupes que ses suspens, nous renvoie la violence des injonctions en milieu tempéré ou extrême : de la cuisine familiale au poste de police, du bureau d’une travailleuse sociale à la Cour d’Assises. La force de ces scènes réside tout d’abord dans la remarquable précision de l’écriture de Matthias Claeys : des dialogues ciselés qui servent un propos incisif, sous-tendu par une maîtrise des enjeux idéologiques – qui pour autant ne devient jamais docte. Personne ne vient nous faire la leçon de ce qu’il faut penser ici : car chaque scène décrit avec justesse la diversité des points de vue qui co-existent dans une société, et comment ces points de vue s’agencent dans des rapports structurels de domination. (…)

Phèdre / Salope se conclut sur le discours d’une femme, une meurtrière, prête à payer pour ses actes. Un appel à la révolte, à l’intelligence, à l’appropriation du discours et de la lutte, au refus d’être réduite au statut de victime. Il y a du Thoreau dans la revendication de la prison comme espace de liberté, il y a du Despentes dans le souffle, il y a du Pasolini dans la poétique militante, il y surtout la langue de Matthias Claeys – synthèse singulière du monde qui l’entoure, du passé et du présent – pour les spectateurs et spectatrices d’aujourd’hui et à venir. »

Revue Bancal, la critique complète ici

« Que Phèdre soit une salope, ou ne le soit pas, à ce nom fatal Matthias Claeys et la cie MKCD assimile une recherche exaltante sur les représentations sociétales et théâtrales du Genre. Après  la douce intimité d’Awake, Phèdre/Salope ne joue pas les farouches et attaque de plein fouet les fondations d’une société patriarcale et phallocratique. Légère mais acérée, l’écriture féministe de Matthias Claeys s’empare avec force d’un sujet brûlant, confirmant un regard vif et délicat sur le monde qui l’entoure. (…)

Cette engeance scénique de Phèdre nous fait tourner la tête, de ça, il est en certain. D’une esthétique scénique frontalement opposée, cette deuxième partie papillonne avec fougue du drame juridique au burlesque familial. Dans le sein accueillant des pièces de la maison, ou dans les cours de justice, le sexisme ordinaire, inconscient, ou encore les violences physiques et psychologiques s’expriment sans limite.  Née d’un travail d’improvisation au plateau et de réécriture, la langue de Salope trouve une identité engagée, sincère, cynique et grinçante qui, en se jouant des stéréotypes, ébranle nos certitudes et stimule avec plus ou moins de virulence notre regard. (…)

Phèdre/Salope est, de ça, il est certain, un spectacle engagé et soutenu par une équipe pleinement investie. Matthias Claeys réussit le défi de créer un espace ouvert et non-didactique, à la poésie politique douce.»

ThéâtreActu, la critique complète ici

« Dans la dynamique, c’est enlevé, vivant et haut en couleurs. L’accent est mis sur le répondant et la parole dite. L’introspection des personnages est mise de côté pour faire ressortir, non sans humour, des stéréotypes et des lieux communs sur la question du genre. Cette façon de ne pas être dans l’analyse n’enlève rien à la profondeur du discours sous-tendu par tout le travail préparatoire de la pièce. Tout transparaît alors dans le flux de dialogues et de situations mouvementés dont on ne se lasse pas et qui semblent nous impliquer à chaque instant. L’introspection est donc laissée au spectateur, que la pièce dirige sur des interrogations passionnantes.

Ici, les stéréotypes masculins et féminins sont observables chez tous les sexes, transposables à loisir ; on n’y échappe jamais. Quoi que nous fassions, le prisme sexué fait son œuvre, masculin et féminin l’emportant sur ce que nous sommes réellement. Une attitude est sexuée, comme une parole, un geste, une idée, aussi bien qu’un corps ou même un objet. Quelques situations montrent l’enfermement dans la binarité genrée et sexuée, faisant grande place à la frustration et à l’empêchement d’être, de dire, d’exprimer autre chose, une certaine vérité enfouie, mise à mal. »

Genres, l’article complet ici

Extrait de l’entretien réalisé par Revue Bancal avec Matthias Claeys :

« L’ouvrage (De Phèdre à Salope) permet-il au spectateur de comprendre ton intention théâtrale ? 

Oui, surtout parce que j’ai regroupé les thèmes selon des scènes qui sont dans le spectacle, alors ça donne des clés de lecture. Quand je parle de clés de lecture, je parle bien de théorie, pas de ressenti. Au théâtre, c’est à mon avis par le ressenti que les questions arrivent jusqu’aux spectateurs et spectatrices, qu’elles font leur nid. Donc qu’importe qu’on n’ait pas les théories de Butler ou de Foucault en tête, ça n’est pas nécessaire. Après, effectivement, le livre permet de rattacher certaines scènes à des thématiques historiques ou philosophiques qu’on ne connaît  pas nécessairement, et permet aussi d’envisager comment depuis la matière théorique on en est arrivé à cette scène en particulier. Par exemple j’ai relié la scène intitulée « la Chambre », qui parle de sexualité et d’apprentissage de la sexualité, à la fois aux Salonnières, au rapport des femmes à l’éducation et à la sexualité au 17e, et à ce que dit Foucault dans Histoire de la sexualité. C’est très référencé mais quand on voit la scène, on voit juste deux nanas qui parlent de sexualité. On n’est pas obligé de de connaître tout le background.

Qu’est ce qui t’a plu le plus à explorer : le travail d’écriture ou de mise en scène ?

Le travail de mise en scène (et d’écriture théâtrale) est un travail dans lequel j’ai acquis un certain confort, qui m’est aisé et plaisant. Ça ne vient pas tout seul, ça demande énormément d’efforts, mais je n’y interroge pas ma légitimité, ce qui enlève un certain poids. Donc c’est extrêmement plaisant, aussi (et surtout) parce que l’équipe dont je suis entouré est très enthousiaste, en confiance, volontaire. On arrive à faire des choses qui touchent à l’intime, à explorer des thèmes difficiles, à trouver de l’humour dans des endroits pas évidents, c’est très enthousiasmant. J’aime beaucoup le groupe formé autour de ce spectacle. Le travail d’écriture plus théorique, comme dans le livre, ou de parole théorique, comme pour la conférence, là c’est une autre paire de manches, parce que je me prends la question de la légitimité de plein fouet. Je me la prends parce que je me la pose, personne n’est venu me dire quoique ce soit sur mon droit à faire ça. Mais là, je fais face à mes propres déterminismes : je n’ai pas fait d’études universitaires, je n’ai pas de diplômes, et quand il s’agit d’affirmer des recherches et une pensée, d’un seul coup, je fais moins le malin.La création du spectacle et du livre ont en tout cas été une période dense et bouleversante (au niveau des repères, des définitions de soi…). Je n’arrive pas à savoir en fait, ça fait très longtemps que je m’intéresse à la problématique de genre et je n’arrive plus à savoir comment j’ai eu l’idée de créer  Phèdre/ Salope. Je sais que les recherches ont été faites pour appuyer un discours. C’est un sujet un peu dangereux et je voulais être prêt à répondre aux interrogations des gens face au projet. »

Lire l’intégralité de l’entretien

 

De Phèdre à Salope

Comme on a mené dix-huit mois d’enquête pour construire le spectacle PHÈDRE/SALOPE (qui sera créé en mars à La Loge), nous avons décidé d’en faire un livre, qui retrace nos recherches et émet nos hypothèses, sur les représentations des féminins (surtout) et des masculins, dans la Phèdre de Racine, dans la société française du 17ème siècle, dans nos archaïsmes et dans nos facilités contemporaines. Le livre, rédigé par Matthias Claeys et Anne Brosselard, est illustré par des photographies de Chvës.

ACHETER LE LIVRE :

Il suffit de remplir ce formulaire, nous vous recontacterons par mail :

couverture-dpas

Awake – le livre

Vous voulez vous procurer le livre de Awake ?

Rien de plus simple : remplissez le formulaire ci-dessous (nous vous recontacterons par mail)…

L’exemplaire est vendu à 5€ minimum (6,50€ avec frais de transports), vous êtes libres de donner plus. En effet, l’argent récolté servira à la production de notre prochaine création, Phèdre/Salope

L’envoi se fait à réception du paiement.

Ghost King – The Ashes

 

« Ghost King » est un morceau de The Ashes, pour lequel il a été demandé à la compagnie mkcd d’imaginer un clip. Voici le fruit de notre collaboration, avec The Ashes, Kévin Dez, Romain Pichard et Marion Romagnan à l’interprétation, Matthiau Dibélius à l’image et Matthias Claeys à la réalisation et au montage. Bon visionnage !

Thésée trou du culte

Début juillet, à l’occasion du Summer Of Loge #6, nous avons créé la forme Thésée trou du culte, qui était en quelques sortes la première étape de notre nouveau chantier : Phèdre/Salope.

Dans Thésée trou du culte, il s’agissait de s’inspirer du mariage de Phèdre et Thésée, de ce qu’on en imagine et de ce qu’on a pu en entendre, pour s’énerver contre les diktats et gueuler un coup. Pour foutre le bordel, en fin de saison, avant l’été, parce que c’est une bonne chose à faire, et que ça remet les idées en places.

Conception  : Matthias Claeys 

Interprétation : Odila Caminos, Marie-Julie Chalu, Kévin Dez, Françoise Roche et Marion Romagnan

 

Phèdre/Salope – quelques réflexions sur la représentation du féminin, au théâtre et ailleurs

La compagnie mkcd travaille actuellement sur son prochain spectacle, Phèdre/Salope, qui traite de la question de la représentation du féminin au théâtre (et au-delà). Voici un rapide condensé des réflexions inhérentes au spectacle. Un livre sera édité au cours de l’année, réunissant les réflexions que nous nous serons faites en construisant le spectacle*.

 On peut lire, souvent, dans les programmes de théâtre, dans les témoignages de metteurs et metteuses en scène, dans ceux des comédien.nes, que Racine a su magnifiquement dépeindre l’âme féminine, ce qui est une notion qui n’a de cesse de m’étonner. Parler d’âme ou de nature féminine, c’est supposer que, dans la bipartition des sexes, chacun implique au-delà des organes reproducteurs des différences fondamentales de nature. Il y aurait l’essence des hommes, et l’essence des femmes, qui impliqueraient des différences naturellement observables de comportements, de capacités…

 Phèdre a été écrite en 1677, et est, selon moi, une tragédie de la transgression des genres (plutôt qu’une tragédie de la folie féminine, ou de la folie amoureuse). C’est le silence qui devrait faire la vertu de son genre auquel Phèdre s’applique à se soumettre, c’est la folie de son désir à laquelle elle est condamnée de manière ontologique, et quand elle se rend coupable, ce n’est pas d’aimer, ce n’est même pas tant de le dire – puisque ça lui échappe – c’est de ne pas expier en martyre et sauver le monde par son sang, en tout cas pas assez vite. Elle est – entre autre – coupable d’être témoin des effets funestes de la transgression de sa condition.

mouette 2 

Si on résume grossièrement les études historiques (de Dominique Godineau et de Benoîte Groult principalement), et qu’on se place du point de vue symbolique propagé par les instances de pouvoir politique, religieux et d’éducation, le genre féminin au XVIIe est associé au manque de raison, à la violence des désirs et à la soumission physique à ces désirs. Les femmes sont les victimes de leur genre/sexe, qui peut par trop de contact ou par infiltration dans un milieu masculin (comme les lieux de pouvoir), contaminer les hommes et les déviriliser. Le genre masculin est alors, jusque dans la grammaire, proclamé comme étant le plus noble : c’est le genre solaire, rationnel, équilibré ; mais aussi le plus faible, finalement, puisqu’il s’agit de le sauver du péril féminin. Le masculin, c’est l’esprit avant le corps, le féminin, c’est l’inverse. Quand on accusait les femmes à peine un siècle plus tôt de malignité, quand on soupçonnait qu’elles pouvaient prétendre aux mêmes rangs que leurs congénères dotés de pénis, le XVIIe commence un virage essentialiste et naturaliste qui va entériner une vision du féminin qui deviendra un socle sociétal jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, le XVIIe étant aussi le siècle des sciences et des velléités à comprendre l’organisation des corps et du monde, la différence des organes sexuels entre les hommes et les femmes donnera naissance à des différences d’ordre ontologique. On décrète que contrairement à ce que certains pensaient auparavant la femme n’est pas le chaînon évolutif avant l’homme, elle est même est parfaite en elle-même, ce qui ne l’empêche pas d’être inférieure à celui qui l’a précédée dans la Création. Les femmes sont proclamées dépendantes de leur utérus, organe colérique et tempétueux. Elles ont/sont le sexe caché, êtres nocturnes, ténébreuses. Le fait d’avoir le sexe dehors, qui indique clairement la situation de désir, rend naturellement les hommes plus dignes de confiance. Une chance pour elles, si on peut dire, la science n’a pas encore compris que les femmes n’avaient pas besoin d’orgasme pour former des ovules et être fécondées, et jusqu’au XIXe, elles seront excusées de leur appétit sexuel (c’est la faute de leur utérus, et en plus c’est nécessaire à la procréation). D’ailleurs, depuis le Moyen-Âge jusqu’à la Révolution, on attribue plus volontiers aux femmes les pulsions sexuelles, et le discours voulant « que les hommes n’y peuvent rien, ils ont des pulsions sexuelles alors que les femmes ont besoin de sentiments » ne date que du XIXe. D’ailleurs encore, au XIXe, quand les bourgeois s’installeront définitivement au pouvoir et qu’on découvrira que l’appétit sexuel féminin et le plaisir éprouvé par ces dames n’est pas contingent à la procréation, on en arrivera à prôner pour leur santé qu’il faut des femmes quasi-frigides ; celles qui oseront affirmer un minimum d’appétit et de liberté sexuelle seront classées comme hystériques, finiront dans des asiles, ou enfermées dans la maison de papa. Freud dira que les femmes souffrent de leur absence de pénis, Lacan reprendra plus tard. Et leur affirmation, si elle n’avait pas été prise à ce point au pied de la lettre, projetait une vérité crue sur le monde occidental : les femmes, non pas en tant qu’elles-mêmes, mais en tant qu’êtres féminins dans un monde absolument dominé par le masculin, souffraient assurément de cette absence de pénis, étant le seul attribut à même d’apporter reconnaissance sociale et liberté d’être en tant que soi. Sans le pénis, en plus et avant-même d’être assimilées à leur classe sociale et contraintes dans ses frontières, les femmes étaient (sont encore ?) d’abord contraintes et assimilées par leur statut sexuel/genré. Passera le temps, et les revendications et évolutions sociales qui ont parsemé le XXe. On en arrivera aujourd’hui, pour certain.es, à croire qu’en Occident, la parité (quand d’égalité il n’est pas question, les différences étant trop importantes…) est acquise, que la « guerre des sexes » n’a plus lieu d’être, parce que des femmes accèdent au poste de pouvoir. On en arrivera à penser que le combat n’est plus qu’économique, pour l’égalité salariale. Et j’oserai dire qu’on se fourvoie avec force sur un point essentiel : les évolutions sociétales sont de grands pas, mais ne doivent pas cacher que le fondement du système est resté le même ; c’est la bite (réelle ou symbolique), qui fait l’Homme, c’est le fait d’avoir des couilles (réelles ou symboliques) qui fait la détermination. Dans le monde dans lequel nous vivons, dans nos sociétés paritaires, on continue à attendre des personnes au pouvoir des qualités de virilité, et les femmes qui en font preuve font figure d’exception à leur nature. Ou quand elles réussissent à arriver aux hautes sphères du pouvoir (au niveau de l’entreprise, de l’État…) elles seront souvent conviées à la gestion de domaines considérés comme d’ordre féminin (l’éducation, la santé, la culture, les ressources humaines…), c’est-à-dire qui nécessitent la bonne gestion du foyer, quand aux hommes sera plus volontiers confiée la gestion de l’avenir du foyer, ou si on prend l’image d’un bateau : aux femmes son entretien et l’assurance de son bon fonctionnement humain, aux hommes l’assurance du bon fonctionnement matériel et surtout du maintien du cap. Ce sont des traits grossièrement tirés, sujets à un bon nombre d’exceptions, mais dont je crois qu’ils résument encore aujourd’hui très bien un fait : on n’est pas sorti de la bipartition et de l’essentialisme des sexes/genres. On pense encore souvent la féminité et la virilité comme deux endroits séparés par un mur, on parle encore au nom des femmes (qui sont quand même, se plait-on à le rappeler, plus maternantes, plus douces…), au nom des hommes (qui ont besoin d’action, de conquêtes…), en tant que femme, en tant qu’homme, l’histoire et le monde s’écrivent encore au masculin… Le paradigme qui nous gouverne – capitaliste, blanc et masculin – a su s’accommoder des avancées sociétales. Nous continuons de penser le monde selon les pénis et les utérus (on commence quand même à penser pénis vs vagin, ce qui est une petite avancée, l’utérus c’est la maternité, le vagin ça peut-être le plaisir sexuel..), nous continuons de vivre dans des sociétés où le phallus est le sceptre, même s’il n’est plus nécessaire d’en avoir un entre les jambes pour tenir l’autre – symbolique – fièrement bandé.

effraie 2

Sur les scènes théâtrales, comme au cinéma, comme dans la littérature, les personnages féminins sont beaucoup trop souvent caractérisés en premier lieu par leur appartenance au genre féminin, comme l’explique Morgane Lory**. C’est-à-dire que les personnages féminins et les actrices qui les incarnent servent en général et en premier lieu à être des femmes, quand la réciproque n’est pas vraie, au contraire : le personnage féminin assurant la représentation de l’altérité des sexes, le personnage masculin peut s’occuper à tout autre chose que la représentation de son genre. Il peut accéder directement au discours philosophique, amoureux, politique… Quand le personnage féminin ne pourra le faire qu’en second lieu, et généralement qu’à travers l’expression de son sexe. Médée, Phèdre, Bérénice, Juliette, Antigone, Hermione, Cléopâtre, Nina et consoeurs sont autant d’exploration d’une prétendue nature féminine, parce qu’elles existent d’abord en tant que représentation de ‘la’ femme, alors que leurs homologues sont l’expression d’autant de possibilités de l’être humain, les hommes ayant l’honneur d’assurer l’accès à l’universel. L’homme sur le plateau de théâtre devient très aisément l’Homme, quand la femme, même si elle prend une majuscule, n’aura jamais le droit que de représenter la moitié de l’humanité, la plupart du temps – et c’est un autre problème – écrite puis dirigée, mise en scène, du point de vue masculin, toujours assimilé au point de vue universel. Quand on demande aux metteuses en scène si elles ont un point de vue féminin sur les choses beaucoup réfutent : non, elles ont un point de vue humain. La question n’est pratiquement jamais posée aux metteurs en scène. Ils répondraient sûrement la même chose. Personne ne veut être pris dans le piège de son genre, mais ça tombe bien pour ceux qui ont des testicules, le piège n’est tendu que pour les autres. C’est la même chose avec la couleur de peau. Un.e Noir.e met en scène un spectacle, on y verra un point de vue Noir. Un Blanc, on y verra un point de vue.

Matthias Claeys

* Pour ce travail de recherche, je me suis notamment inspiré (et parfois paraphrasé) des travaux de Dominique Godineau, Benoîte Groult, Alain Testart, Robert Muchembled, Monique Wittig, Judith Butler, Elisabeth Badinter, Roland Barthes, Luce Irrigaray, Aurore Evain, Eliane Viennot, Morgane Lory…

** voir la conférence de Morgane Lory « En finir avec la mascarade », en écoute ici 

Awake

« A travers ce regard introspectif d’une belle intransigeance, Matthias Claeys ne lâche pas prise face à ses petites faiblesses, ses faux semblants et autres paroles de bonne conscience, pour mieux nous renvoyer aux nôtres. Ils nous parle de la peur de vieillir et de celle de l’insuccès, des petits actes politiques que personne ne voit mais qu’on fait quand même (de la politesse au choix vestimentaires) du punk réac qui sommeille en nous et qui en veut déjà aux plus jeunes que lui – d’être plus jeunes que lui.

Avec l’énergie de ce qui en vaut vraiment la peine, il nous offre pour finir une danse d’intensité et de révolte, dont l’élan communicatif nous emplit d’un sentiment intense et profond : la joie – de vivre.

Un moment précieux. »

Revue Bancal, La critique complète ici

Que tu croies ou non au destin, à l’écriture de ta vie, à la fatalité, qu’on croie ou non n’est pas le fond du problème. Ça ne peut pas être le fond du problème. Tu ne peux pas ignorer qu’il y a une fin et que d’autres vivront après toi, et peut-être plus heureux, que tu es l’aîné.e de tous ceux qui suivront et que tu ne seras pas là pour voir toutes les conséquences de tes actes. C’est révoltant, non ?

Si vous voulez lire le texte, il est possible de l’acheter, à 5€ (ou plus si vous voulez) en nous contactant via ce formulaire :