# Pédagogie

Créer des espaces d’expression

La compagnie mkcd s’attache à l’action artistique et culturelle, en corrélation avec la méthode de création de Matthias Claeys, parce qu’un lien fort s’établit entre le travail de celui-ci avec ses interprètes et la manière dont sont envisagés les ateliers de pratique. Il s’agit de créer un endroit de partage et de liberté, duquel peuvent naître des possibilités d’expression.

La compagnie étant en premier lieu une structure de création artistique, son activité d’action culturelle est une manière de continuer à explorer, avec d’autres publics, les questions qui nous animent. Ce processus induit pour nous le même désir, le même engagement, et la même recherche de qualité que dans nos spectacles.

Dans ses pièces, Matthias Claeys cherche à questionner le monde dans lequel nous vivons, et à ouvrir des espaces interrogatifs à travers des fictions écrites presque comme on parle. Son travail de metteur en scène se focalise sur les interprètes et leur manière singulière d’être au monde et de prendre la parole. Ces axes sont aussi le fondement des ateliers menés par la compagnie : il s’agit d’établir un processus qui permet de délimiter un sujet, et de découvrir avec les participant·es leur manière individuelle et plurielle de dire/faire les choses, et les accompagner dans cette direction.

De cette façon, nous créons un cadre et donnons des outils (techniques respiratoires, corporelles, de jeu, d’écriture…) qui permettent à la fois d’interroger les évidences, et d’élaborer des paroles, des expressions. Ces expressions peuvent être celles qui naissent d’une discussion à bâtons rompus,  d’un texte étudié en cours, d’un geste d’écriture, d’un mouvement scénique… Les médiums sont multiples : débat philosophique, atelier théâtre, atelier d’écriture, et des outils autres peuvent s’inviter, comme la danse, la caméra, la prise de sons, en collaboration avec des personnes dont c’est l’expertise.

Tous les ateliers que nous menons débouchent sur une production. Ils sont corrélés à la manière dont nous travaillons nos spectacles. Chaque atelier s’articule autour d’une idée, d’un faisceau de questions, d’un texte étudié en cours (théâtral ou non)… qui peuvent être dessinés en amont avec des enseignant·es, des chargé·es de médiation, ou directement avec les partcipant·es à l’atelier. On décide donc d’un thème, et d’un ou plusieurs médiums, puis on fait. Le « on » est important, aussi flou soit-il, parce qu’il ne s’agit pas pour nous d’apporter un savoir à digérer, mais d’accompagner une expérience artistique, de la border par notre regard et notre expérience. 

Ça prend nécessairement des formes diverses, en fonction des envies, des besoins, des idées. La trame qui se retrouve à chaque fois, c’est : se rencontrer – discuter – choisir – tenter – produire. La forme la plus courante est l’atelier de théâtre, comme nous l’avons fait sur plusieurs années au lycée André Malraux de Gaillon (27), ou au lycée Paul Éluard de Saint-Denis (93) : les séances sont séquencées en un temps d’échauffement, de mise en corps, d’exercices de voix, puis en un temps de discussion, suivi d’un temps de travail de plateau (improvisations, travail de scènes…), et se termine par un bilan de la séance, et la projection de la séance suivante. La collaboration avec d’autre professionnel·les est importante, que ce soit des professeurs, des médiateurs ou d’autres artistes.

Chaque atelier s’invente avec les personnes qui le co-organisent, selon la temporalité et les axes choisis. Ce qui est commun à tous, c’est notre nécessité de construire avec les participant·es quelque chose qui leur ressemble, dans lequel chaque personne se sente libre de s’exprimer, heureuse de participer à une aventure collective, parce que la pratique artistique ne sert pas qu’à créer des oeuvres d’art, elle sert à trouver des manières d’être, à s’inventer individuellement et collectivement.

 

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Ce que nous avons fait : exemples d’ateliers

1 – Ateliers théâtre à partir de textes

Pour des ateliers ou des stages courts (entre trois et cinq séances), nous pouvons travailler à partir d’un corpus de textes existants, l’idée étant de se concentrer sur l’acte d’interprétation comme acte créateur (interpréter un personnage, mais aussi mettre en scène, choisir les axes de représentation d’une fiction.)

Nous avons ainsi animé des stages de découverte du théâtre contemporain auprès d’élèves du lycée André Malraux (Gaillon, 27) sur 4 séances de 2h pendant un mois, pendant le temps scolaire, en présence d’un professeur. Nous avons travaillé autour du texte Hagards (pièce chorale de Matthias Claeys, rassemblant une trentaine de fictions courtes sur la question de la mise en scène de soi), pour explorer la notion d’interprétation. Les séances commençaient par un échauffement, des exercices de mise en corps et en voix (au travers de jeux). Sur la première séance, les élèves ont découvert les textes, en ont choisi, se sont mis par groupe et en ont proposé une première lecture. La semaine suivante, après l’échauffement et les jeux, chaque groupe proposait une mise en scène, à partir de laquelle on travaillait, autant dans la direction du jeu qu’en essayant de développer l’idée scénique. Le professeur, en fonction de sa matière (français, histoire et philosophie selon les groupes) pouvait développer les thèmes de la scène et les mettre en rapport avec le programme. La dernière heure de la dernière séance était réservée à la représentation des scènes, devant d’autres élèves de l’établissement.

Nous avons travaillé sur ces mêmes textes lors d’un stage amateur organisé par la compagnie. Pour ce stage, nous avions lancé l’idée sur les réseaux sociaux : si on fait une semaine de stage, autour du nouveau texte de Matthias Claeys, qui vient ? Et sont venu·es des étudiant·es, des personnes ayant déjà fait du théâtre, d’autre pas, intéressées par l’idée de découvrir le médium, et de travailler directement avec un metteur en scène sur l’objet de sa prochaine création. Car la particularité, c’était que la pièce n’avait pas encore été montée ni même travaillée en répétition avec les interprètes. Les stagiaires étaient donc les premiers à se confronter à ce texte, et à explorer ses possibilités scéniques, tout en travaillant sur des questions pures d’interprétation. Chaque journée se divisait en une matinée avec Kévin Dez, centrée sur des exercices de respiration, de créativité, de jeu, et l’après-midi avec Matthias Claeys, pour le travail de scènes. Le stage, d’une semaine, s’est terminé avec une sortie plateau publique.

Nous pouvons aussi travailler à partir d’un texte théâtral ou non étudié en cours, de façon à le désacraliser, l’utiliser comme matière à création et donc à appropriation, et ainsi en découvrir d’autres aspects, tels qu’un écho avec la société dans laquelle nous vivons, le temps qui est le nôtre… 

2 – Écriture collective 

Pour des ateliers plus longs, où il s’agit de monter un spectacle présenté à un public, nous proposons souvent des méthode d’écriture collective. Cette écriture collective peut prendre encore une fois beaucoup de formes : il peut s’agir de décider d’adapter une pièce déjà écrite, ou d’écrire à partir du plateau.

Dans le cadre d’un atelier théâtral extra-scolaire animé pendant 3 ans au Lycée André Malraux, nous avons à chaque fois décidé avec les partcipant·es d’un thème pour l’année, et les avons à travers des exercices, des improvisations… aidés à construire un spectacle, en écriture collective au plateau. Ces ateliers avaient court d’octobre à juin, deux fois par mois, 4h par séance. Matthias Claeys intervenait avec Nadège Sellier (comédienne et danseuse). Les premières séances étaient dévolues à la constitution du groupe, à l’exploration par des jeux et des improvisations. Dès que le groupe était d’accord sur un thème (nous avons travaillé sur les relations amoureuses, sur l’avenir et sur le travail), nous travaillions sur des improvisations en rapport, des situations, et construisions ensemble la structure du spectacle, puis les participant·es écrivaient les scènes, et l’écriture se modifiait en fonction de l’évolution du travail scénique. Les trois dernières séances étaient dévolues aux répétitions du spectacle. 

Avec des étudiant·es en psychologie et des adultes autistes Asperger, nous avons aussi construit un spectacle, à partir des improvisations et des écrits des participant·es, fruit de dix mois de travail à raison d’une séance de 2h par mois, sur le même système.

La Ligue des Droits de l’Homme nous a invités à travailler avec une classe de seconde option théâtre du lycée Paul Éluard (St Denis – 93) sur les rapports « jeunes-police ». L’atelier s’est déroulé en 12 séances (de mars à juin) de 2h chacune, avec le Gaël Tijou (professeur de français et de théâtre), Matthias Claeys, et Lionel Brun (bénévole de la LDH). Gaël, ayant une habitude de travail avec le groupe, prenait en charge les échauffements, Lionel répondait aux questions d’ordre juridique et apportait des connaissances théoriques en terme de droit, et Matthias prenait en charge la construction du spectacle. Les élèves, en groupe de 4 à 6, étaient invités à construire des fictions  selon un schéma établi (chaque fiction devait être séquencée en quatre scènes) en répondant aux questions suivantes : quels sont les personnages ? qu’est-ce qui se passe ? quel est le schéma narratif ?  Puis il s’agissait pour chaque groupe d’improviser scène par scène. Matthias écrivait les scènes d’après les improvisations, ce qui est une autre forme d’écriture de plateau, puis les scènes étaient travaillées, ré-écrites au besoin, jusqu’à former un spectacle, constitué de quatre fictions. Nous avons fait intervenir un vidéaste, de manière à ce que certaines scènes soient filmées et projetées pendant le spectacle, pour que les élèves aient le loisir de se confronter à deux manières de concevoir l’interprétation.

3 – Débats d’idées

Certains personnes peuvent être très réfractaires au théâtre, et ce n’est pas pour autant que nous n’avons rien à construire avec elles. Dans le cadre de la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire, Matthias est intervenu à raison de 2h par semaine pendant deux mois avec des adolescent·es en situation scolaire et sociale très difficile. La proposition de faire du théâtre créant plus de peur que d’envie, il a été décidé avec les participant·es de contourner l’obstacle. Ces ateliers ont pris la forme de discussions, avec trois outils à disposition : l’échange, la recherche et le théâtre. L’objet de l’atelier est une introduction au débat d’idée et à la philosophie. Les groupes étant mouvants (beaucoup de départs et d’arrivée au gré des affectations et des signalements de problèmes), chaque atelier recommence à zéro : on trouve un thème, on en parle. Surtout, les adolecsent·es en parlent, et Matthias questionne toutes les évidences, et nourrit la conversation. Si on bloque sur quelque chose, on cherche sur internet ou dans les livres à disposition. Si une idée est trop complexe à exprimer, on peut la mettre en situation et la jouer. Ainsi, nous abordons des thèmes comme la famille, l’honneur, l’amour, la filiation, l’avortement, la sexualité, la justice, la police, la violence, le respect, l’art… Les deux dernières séances sont dévolues à la construction d’un livret-recueil des thèmes parcourus, des questions posées et des réponses proposées.

D’une manière plus hybride, nous avons travaillé sur une année avec des élèves de primaires (dans le cadre des ARE, tout au long de l’année, 2h par semaine), en collaboration avec la Ligue de l’Enseignement. La Ligue de l’Enseignement nous avait fourni un corpus de pièces contemporaines pour enfants qui abordaient des sujets de société (l’écologie, le chômage, le racisme…). Un mois était dévolu à chaque pièce : la lire ensemble, scène par scène, et discuter ensemble des sujets abordés (qu’est-ce qui se passe ? pourquoi ? qu’est-ce qu’on peut en dire ?). Avec une classe, nous avons ensuite aidé les enfants, par groupe, à écrire des scènes qui reprenaient des thèmes abordés et à les jouer, tandis que le deuxième groupe a préféré monter une des pièces du corpus.

 

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crédit photo : cie-mkcd

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