# PARKING

Chroniques d’un monde où la politique semble avoir été siphonnée.

La compagnie mkcd continue son exploration de thèmes sociaux par le prisme de spectacles vivants. Alliant interrogations contemporaines, exploration de l’intime et du quotidien, et fictions à la frontière du réalisme, du burlesque et du drame, nous nous attelons pour ce premier spectacle conçu pour l’extérieur à un sujet qui encore une fois nous touche de près, et qui conjugue trois questions : les classes moyennes existent-elles ? échappe-t-on jamais à sa classe sociale ? est-ce que la précarité est une réalité assez tangible aujourd’hui pour former un groupe politique ?

« J’avais envie d’explorer, à travers cette forme courte, et par extension le spectacle qui en découlera, le sentiment de précarité, d’abandon peut-être, de ceux qu’on appellerait « les gens ». Les gens, qui sont souvent les autres que soi, qu’on considère dans leur masse dont on sait faire partie et dont on voudrait pouvoir se défaire, quelques fois. Les gens qui représentent la classe sociale dont je suis issu. Les gens qui votent comme ci, les gens qui se comportent comme ça, les cibles marketing de certains produits, celles et ceux à qui s’adressent les journaux télévisés, celles et ceux pour qui parfois les pouvoirs publics réclament du divertissement et pas de « l’art pour Parisiens », pour qui on fait des zones d’activités commerciales, à qui les présidentiables disent qu’ils les ont compris et qu’ils sont le coeur de la France, les vrais, les purs, les durs, ceux qui peinent, se lèvent tôt, sont au chômage mais ne doivent pas finir assistés par la société dont ils ne feraient alors plus partie, à qui ont vend des vacances, des télévisions, des programmes de fitness, des recettes de cuisine… Cette classe sociale, qu’on appelle classe moyenne (parfois on met le terme au pluriel), qui semble condamner celles et ceux qui en font partie à ne jamais avoir un sentiment d’appartenance (comme on peut en avoir – a pu en avoir – dans le milieu ouvrier, comme on en a dans les milieux notables, dans la grande bourgeoisie et/ou le grand patronat), qui est une zone floue, celle de la majorité silencieuse à qui on fait dire ce qu’on veut, de personnes qui vivent entre la peur du déclassement, de la chute, de la précarisation, et l’envie d’accéder enfin à la classe d’au-dessus, celle qui connait des choses inaccessibles, qui marche sur ce qui est le plafond (de verre) des autres. »

Matthias Claeys

Comme première étape de ce projet, nous avons profité de l’invitation de Julien Fisera et du collectif 360 à participer à leur festival les 25 et 26 mai 2017 au Grand Parquet pour créer une forme courte, 4 X PÂQUES. –> pour en savoir plus et voir des photos, c’est ici

 

« Pourquoi, moi qui ai tant éprouvé la honte sociale, la honte du milieu d’où je venais quand, une fois installé à Paris, j’ai connu des gens qui venaient de milieux sociaux si différents du mien, à qui souvent je mentais plus ou moins sur mes origines de classe, ou devant lesquels je me sentais profondément gêné d’avouer ces origines, pourquoi donc n’ai-je jamais eu l’idée d’aborder ce problème dans un livre ou un article ? Formulons-le ainsi : il me fut plus facile d’écrire sur la honte sexuelle que sur la honte sociale. »

Didier Éribon, Retour à Reims

Lire le dossier du spectacle

 

Générique :

4 X PÂQUES

texte et mise en scène : Matthias Claeys

Avec : Matthias Claeys, Kévin Dez, Manon Gallet et Marion Romagnan

Co-production : collectif 360, le Grand Parquet

Illustrations : montages à partir de photographies de Ryan McGuire