Un duo queer, drôle et violent de Kévin et Matthias, comme un retour à une certaine source.
PAS DES HOMMES, c’est Kévin et Matthias, de la compagnie mkcd, qui montent un duo. Parce que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas fait ça, et qu’il y a comme une urgence à s’y mettre, même si on la discerne mal.
Ça va brinquebaler entre plusieurs trucs. On le fait pour la première fois depuis longtemps, on s’est dit en juillet dernier : ah bah tiens faudrait qu’on fasse un duo, et on a bossé quand on pouvait dessus. Parce que ça nous excite et nous fait peur aussi, de ce qu’on pourrait bien avoir à dire, et sous quelles formes, quand on se sépare de “l’obligation de production”. Quand on joue aux bourgeois qui peuvent créer en dehors de toute considération matérielle. Quand on veut être surréalistes.
Là, c’est une intro après une intro, celle-là elle sert à nous légitimer, donner du courage avant de se lancer.
C’est le coach qui parle à l’équipe dans le vestiaire.
Vous êtes des championnes !
Vous allez peut-être vous faire niquer mais ça va être avec panache !
Vous avez pas à avoir peur, vous êtes nés avant la peur, vous êtes nés avant la honte, et c’est un compliment.
La peur et la honte sont venues se coller sur vos vies après que vous avez commencé à vivre, alors ça peut se décoller.
On était à Chalon, en tant que spectateurs, pour voir D’amour ou d’amitié, le spectacle de la compagnie Vraiment Super Et on y tenait vraiment à voir ce spectacle, parce que c’est sur Céline Dion et ça avait l’air super (ça l’était), sauf que juste avant, une averse d’orage nous tombe dessus.
Les gens s’éparpillent pour s’abriter contre les murs, et avec des copines on reste par terre, et on chante, fort et faux un tube de la diva. Puis la personne à la régie met de la musique pour nous soutenir, et on se lève, et on chante (hurle) et on danse, et on fait le show parce qu’on veut absolument que le public reste, avec dans l’idée que si le public reste, les comédiennes vont bien être obligées de jouer ce spectacle qu’on veut voir. Et au bout d’une chorégraphie collective et d’un chansigne, la pluie s’arrête, on s’installe, et le spectacle peut commencer. Au retour, dans la voiture, dans nos vêtements qui font encore ploc-ploc, on rit beaucoup tous les deux. Et on se dit : ça fait longtemps, quand même, qu’on n’a pas créé un truc un peu comme ça, sorti du chapeau. Comme au début de notre histoire, quand on étudiait le théâtre. Alors on se dit : pour Aurillac 2026, on aura un duo de prêt, quoiqu’il arrive, et on jouera. On jouera… quelque chose qui nous ressemble.
Pour pas que le soufflé retombe, on en parle autour de nous, les proches et les gens qui nous connaissent de loin étaient à donf, s’imaginant apparemment plein de trucs, on avait des idées de machins à dire mais on a quand même demandé autour de nous : si on fait un duo, vous imaginez quoi ?
Ce qui revient, c’est l’envie qu’on raconte notre vie à deux, parce que ça fait 18 ans qu’on est ensemble, et qu’on a vécu des trucs banals et d’autres un peu moins. Comme on aime bien parler de nous, ça nous a semblé super pertinent.
Et en plus, on s’est dit : il y a pas de raison que l’autofiction ce soit une littérature ou une pratique de transfuge de classe, ça peut aussi être une pratique de gens qui sont nés en bas de la classe moyenne et qui y sont restés. Tu me diras, on a transfugé, mais plutôt sur le côté, on a goûté à la culture dominante et underground, on a des vies qui se voudraient intégrées et qui dévient toujours assez pour qu’elles soient… éprouvantes ? Marrantes ?
Pourquoi et comment dehors ?
Déjà, y a une partie visibilité pédé dans l’espace public, qui soit pas nécessairement une visibilité festive, et sans organisation de Bingo. Et puis c’est gratuit, et y en a beaucoup de nos classes sociales, pédé ou pas, qui peuvent pas trop s’acheter de billets de spectacle ou qui n’ont pas l’idée d’aller voir combien ça coûte, alors autant le faire dehors. Faudra quand même que ce soit dans des endroits où on se sent en sécurité, c’est-à-dire où on a des alliées pour nous prêter main forte au cas où. Quel que soit le cas où.
Dehors, c’est aussi dans un rapport disons mélangé au public. Pas assis et nous debout, et tu nous écoutes, tu peux participer, c’est comme dans un drag show, on a besoin de ton énergie, et on a besoin d’avoir des règles communes. Tu nous écoutes, c’est sûr, vu qu’on est drôle et qu’on parle fort, et qu’on a appris notre texte, mais ça bouge, on est ensemble, on bouge ensemble, le public est divisé, recomposé en fonction de ce qu’on propose, on chante ensemble et puis d’autres choses, ensemble. C’est important que les téléphones soient allumés sinon on aura pas accès à Grindr.
À quoi ça va ressembler ? Là on brode parce qu’on crée au fur et à mesure… Ce sera pas du drag, même si ça pourra en reprendre certains codes par moments : une certaine exubérance, peut-être des tenues cool si on en trouve, des chansons pop et du lip sync. Et ce sera pas un stand up, même si ça pourra en reprendre certains axes : on parle de nos vies, on trouve des moments éclairants sur la société à partir de ce qu’on a vécu, on est drôles avec ça, et à tout moment l’émotion peut surgir. Et ce sera un spectacle politique, parce que c’est comme ça. Drôle, politique, émouvant et violent. Avec quelques chansons.
GÉNÉRIQUE
Équipe artistique : Matthias Claeys, Kévin Dez
Avec l’aide de Marie-Julie Chalu, Jules Girard, Narimane Le Roux Dupeyron, Yasmine Ndong Abdaoui, Françoise Roche
Avec le soutien du Bord de l’eau, du Béa-ba, de l’Usine